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Hayat Neche – « Le droit à l’information auprès des personnes est primordiale. Les informer de toutes les démarches qui sont effectuées pour leur besoin et leurs droits, les solliciter, les faire participer au mieux dans leur mesure de protection. »

Notre but n’est pas de les freiner mais de les aider au maximum. ” 

Hayat Neche, mandataire judiciaire

Bonjour Hayat, pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Hayat, j’ai 30 ans et j’exerce la profession de mandataire judiciaire à la protection des majeurs, depuis plus de cinq années. J’ai intégré la faculté de droit, où j’ai effectué un Master 1 Carrières Judiciaires, à la suite duquel j’ai intégré l’École Régionale du Travail Social (ERTS) pour passer la certification afin d’exercer en tant que mandataire judiciaire. 


Présentez-nous la structure dans laquelle vous travaillez.  

Je travaille à l’UDAF, l’Union Départementale des Associations Familiales, du Loir-et-Cher (41) qui est la seule association tutélaire du département. Au sein de cette structure, j’exerce le métier de mandataire judiciaire depuis plus de cinq ans maintenant. Je travaille au service domicile, on travaille avec des personnes qui sont encore en logement autonome. Il y a deux services : un service domicile et un service établissement, chaque mandataire à un secteur d’intervention définie, et à nous tous on couvre l’ensemble du Loir-et-Cher.

L’UDAF a aussi un service social et également un service d’accueil qui est ouvert à toutes les personnes qui ont un besoin d’information ou d’aide. L’UDAF propose également un accompagnement pour l’instruction des dossiers de micro-crédits.


Quels sont les différents types de structure dans lesquelles vous pouvez intervenir en tant que mandataire judiciaire? 

En tant que mandataire judiciaire, on peut exercer dans une association tutélaire comme l’UDAF, mais aussi en libéral, au sein de services de protection des majeurs dans les hôpitaux.

Ensuite on est amené à intervenir dans différents types de structures parce que les personnes protégées peuvent être accueillies par ces structures, ça peut-être des hôpitaux généraux, des hôpitaux psychiatriques, des Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM), des foyers occupationnels, des Services d’Accompagnement à la Vie Sociale (SAVS), des Services d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés (SAMSAH) ainsi que dans des maisons relais aussi.

Une maisons relais est une structure qui propose aux personnes accueillies (personnes avec des addictions, des troubles psychiatriques), des logements autonomes à côté desquels il y a des lieux de vie communs et un accompagnement d’éducateurs spécialisés. 

On est également amenés à intervenir en accueil de jour rattaché à des hôpitaux. 

Au sein de ces structures et en fonction des situations, on est amenés à travailler et à communiquer avec des tiers. Cela peut se faire avec les familles quand elles sont présentes, des éducateurs, des assistantes sociales, des médecins, des travailleurs sociaux ou des institutions comme les CIAS/CCAS pour faire des demandes d’aide social (hébergement, portage de repas …), la MDPH où il arrive qu’on ouvre les droits des personnes, pour faire des demandes d’orientation selon la situation de la personne.  

On peut également traiter avec des personnes qui ne sont pas du milieu social, comme par exemple des artisans qui interviennent pour faire des travaux au sein du domicile de la personne. 

Pour certains cas, il arrive d’être confronté à la justice sur un plan pénal, tant que du côté de la victime ou du côté auteur, alors on peut les accompagner dans les démarches de sollicitation d’un avocat pour la représentation par exemple.

On peut également déposer des demandes auprès des obligés alimentaires (famille, parents), c’est à dire des personnes qui ne peuvent pas prétendre par rapport à leur situation à l’aide sociale et ne peuvent plus assumer financièrement les frais d’hébergement en maison de retraite par exemple. Le juge prend la décision et fixe une participation de leurs parts. 


Quelles sont vos missions avec les personnes que vous accompagnez ? 

Nos missions sont principalement la gestion administrative et financière et budgétaire.


Quel est selon-vous l’impact des mandataires judiciaires dans la préservation ou le maintien de l’autonomie ? 

Notre but c’est d’ouvrir et de garantir les droits de chaque personne, assurer le maintien à domicile et aussi assurer le paiement des factures, des charges. Ne pas créer de situations d’endettement et garantir les droits et les libertés. 

En fonction de leur autonomie, le droit à l’information auprès des personnes est primordiale. Les informer de toutes les démarches qui sont effectuées pour leur besoin et leurs droits, les solliciter, les faire participer au mieux dans leur mesure de protection. 


Comment est perçue votre activité de mandataire judiciaire par les personnes que vous accompagnez? 

Pour certaines personnes, l’activité de mandataire judiciaire peut être perçue comme privative de liberté.  On essaie alors de leur expliquer qu’on est présent dans le cadre d’une décision de justice et que notre but n’est pas de les freiner mais de les aider au maximum.  


Quels sont les facteurs de réussite des projets que vous mettez en place pour les personnes accompagnées? 

Pour une personne qui a pour volonté de changer de logement, parce que son logement n’est pas adapté à sa situation par exemple. Le but est de les accompagner pour faire des demandes auprès des bailleurs sociaux ou dans la recherche de logement dans le parc privé et qu’ils obtiennent un logement qui correspond à leurs attentes et leur besoin.  

Autre exemple, si le projet est l’achat d’un véhicule notre mission va être de constituer un budget pour contribuer à l’achat de celui-ci.  

Le fait que la personne soit prête à investir ou non son argent dans son projet est un facteur déterminant par exemple.  


Qu’est ce qui manque, aujourd’hui, selon vous pour que les mandataires judiciaires jouent pleinement leur rôle dans la préservation de l’autonomie ?  

Il nous manquerait du temps et des moyens techniques. Je pense que les gens aient une meilleure connaissance de notre métier nous aiderait  grandement dans nos missions.  


Selon vous, qu’est ce qui favorisera l’autonomie à domicile des personnes dans 5 ou 10 ans ?   

Il est important que les aides qui sont aujourd’hui apportées par la MDPH, notamment, soient maintenues. Les aides pour l’intervention de services à domiciles également ainsi que les aides pour les plateformes de télé-assistance, ce qui permet le maintien à domicile en permettant aux personnes d’être en sécurité.