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Olivier Renault – « La domotique permettra d’améliorer l’indépendance des personnes »

Je pense que la domotique doit prendre une place plus importante encore dans l’adaptation de l’habitat.” 

Olivier Renault, Ergothérapeute

Bonjour Olivier, est-ce que vous pouvez vous présenter ? 

Je m’appelle Olivier Renault. Je suis Ergothérapeute depuis 2017 et j’exerce au sein d’une structure qui s’appelle SOLIHA Yvelines Essonne. C’est une association qui fait de la réadaptation à domicile. 


Présentez-nous la structure dans laquelle vous travaillez.  

SOLIHA est une association privée qui est l’intermédiaire entre des financeurs et des particuliers. On va accompagner ces particuliers dans leurs différents projets d’aménagement du domicile. Concrètement, on met en place des projets qui sont réalisés en collaboration avec les personnes, des ergothérapeutes et des architectes techniciens.  

SOLIHA a également un programme de rénovation énergétique « habiter mieux » où on aide également les personnes à rénover leur logement dans le but de diminuer leur consommation d’énergie et de vivre plus confortablement. 

La dernière activité de SOLIHA concerne la prévention collective, où il existe des partenariats avec les caisses de retraite notamment. Le but est de faire prendre conscience aux personnes que leurs logements peuvent être dangereux, mais également de leur montrer les bons gestes et les bonnes postures à réaliser, ainsi que leur faire découvrir les aides techniques pertinentes pour la préservation de leur indépendance.


Dans quelles situations vous demande-t-on d’intervenir ?

En tant qu’Ergothérapeute, on intervient sur demande de personnes qui se retrouvent soit dans des situations où elles sont en difficulté chez elles, soit dans des situations plus avancées où les personnes ont déjà chuté à leur domicile. 

Ensuite en se rendant dans le logement des personnes, on va faire une expertise de la situation pour élaborer un projet de sécurisation et d’adaptation du domicile.


Quelle est la première chose que vous faites quand vous entrez dans le logement d’une personne ?

La première chose à faire, c’est parler à la personne. C’est le meilleur moyen pour comprendre ce qui ne va pas dans le logement. Ça nous aide à évaluer ses capacités et ses incapacités. Ça nous aide également à mieux comprendre les difficultés qu’elle peut rencontrer au cours de ses activités de vie quotidienne dans son logement. 

Ensuite, on fait la mise en lien des capacités et des incapacités de la personne avec son environnement.  C’est ça qui va nous alerter sur les situations qui peuvent être à risque au cours des activités de vie quotidienne.  

Ensuite, le but c’est de voir avec les personnes ce qu’elles veulent mettre en place. On leur propose différentes options en fonction de leur budget et de leurs besoins, mais il faut bien évidemment que ça leur plaise. 


Quels sont, selon vous, les freins majeurs à l’indépendance au domicile des personnes ?

Ça peut-être beaucoup de choses ; un espace de douche qui n’est pas adapté, des hauteurs de marche trop importantes, un sol glissant qui provoque la peur de chuter chez la personne qui va alors se limiter dans ses activités pour éviter le risque. Ça peut être aussi des espaces de circulation qui ne sont pas suffisamment importants ; ce qui va limiter l’accès d’une personne en fauteuil à l’ensemble de son domicile. C’est souvent le cas pour les toilettes notamment.  

Les freins à l’indépendance peuvent concerner tout l’environnement de la personne : de la marche trop haute à la poignée de porte impossible à tourner. Tout l’environnement peut être un frein s’il n’est pas adapté aux capacités de la personne.


Comment vous arbitrez entre les souhaits de la personne accompagnée et le besoin de sécurité ?

Je commence par évaluer la situation et je repère un besoin. Je vais ensuite amener la personne à réaliser qu’elle a un besoin, si elle ne s’en est pas aperçue. Mais il ne faut pas que ça devienne anxiogène non plus. 

Parfois, les personnes ne veulent pas d’un espace adapté, car elles trouvent que cela fait trop hôpital, que c’est trop stigmatisant. À la place, elles privilégient l’esthétique, l’idée, pour nous, c’est de trouver un compromis. On explique à la personne les bénéfices de notre préconisation pour favoriser l’acceptation.  

Dans le cas, par exemple, d’un carrelage antidérapant, si la préconisation c’est d’en installer un, mais que la personne refuse et veut mettre un carrelage classique, alors le carrelage ne sera pas financé. Dans le cadre de nos préconisations, tous les éléments qui ne nous semblent pas adaptés ne sont pas financés non plus. Les financeurs ont également un cahier des charges de ce qui est finançable et ils n’acceptent pas tout. 


Quel est le juste équilibre entre l’aménagement idéal et la réalité du quotidien ?

On doit faire pour toutes les personnes un projet dit « durable ». L’idée c’est que l’adaptation du logement doit permettre de répondre aux besoins de la personne, mais il ne doit pas entraver la vie des autres personnes qui vivent dans le logement. Si mon environnement est très adapté pour une personne mais que les autres personnes du logement sont gênées par l’adaptation, c’est que le juste équilibre n’a pas été trouvé. C’est notamment grâce à notre vision holistique de la personne que l’on peut estimer ce qui sera adapté pour elle et son entourage.  Comme on l’a déjà dit, il faut bien entendu tenir compte des envies de la personne lors de la conception du projet.  


Quelles sont les clés de la réussite d’un bon projet d’aménagement du logement ?

Le fait que la personne soit actrice du projet. C’est très important ! Le fait d’être accompagné dans la démarche également et, pour finir, je dirais les capacités du bâti et les capacités financières de la personne.  


Quels sont les autres acteurs clés qui entrent en jeu pour garantir cette réussite ?

On travaille en équipe. On retrouve des conseiller(ère)s habitat qui s’occupent de toute la partie administrative. Ils font le premier recueil d’informations et constituent le dossier de la personne. Ensuite, les architectes techniciens et les ergothérapeutes vont réaliser la partie technique, à partir des données de terrain et finalement renvoyer ces informations aux conseillers habitat qui vont s’occuper des liens avec les financeurs. 

Pour moi la clé de notre métier, c’est de travailler en équipe. 


Quelle est la place de la technologie dans l’adaptation du logement aujourd’hui ?

Alors je pense qu’on peut différencier différentes technologies, la domotique d’une part et d’autre part l’avancée technologique dans le milieu du bâtiment, qui permet plus de libertés dans les aménagements. Par exemple à une époque il fallait respecter la pente d’écoulement de l’eau pour faire une douche. Aujourd’hui, on a les moyens de contourner ça, notamment grâce à des pompes de relevage.  

La domotique permet elle, de contrôler son environnement intérieur, les lumières, les volets, l’ouverture des portes, etc. 

La domotique a permis, dans de nombreux cas, d’améliorer l’indépendance des personnes. Il y a des personnes qui, aujourd’hui, grâce à des commandes vocales, peuvent de nouveau avoir une influence sur leur environnement. Ça participe à améliorer d’une part l’indépendance et, d’autre part, la participation sociale. 

Je pense que la domotique doit prendre une place plus importante encore dans l’adaptation de l’habitat. On le voit au quotidien. Il y a de plus en plus de personnes qui veulent avoir de la domotique chez elles.  


Selon vous, qu’est ce qui favorisera l’autonomie à domicile dans 5 ou 10 ans ?

Je pense que l’avancée de la technologie et plus particulièrement la domotique permettra d’améliorer l’indépendance d’un certain nombre de personnes. Cependant, je pense que la domotique permet de répondre aux besoins d’un petit nombre de personnes. Ce qui permettra de faire une différence plus significative, ce sera d’apporter plus de moyens financiers aux personnes qui ont besoin d’un aménagement de domicile. Aujourd’hui, en termes de technique, on a les moyens de faire ce qu’on veut. Maintenant, je pense que, ce qu’il est intéressant de faire, c’est de rendre cette technologie accessible au plus grand nombre. Malheureusement, l’adaptation du logement ça coûte très cher et le matériel spécifique au handicap c’est aussi quelque chose qui a un coût difficile à absorber pour les familles.  

Je pense également qu’il y a besoin de généraliser le type de démarche que l’on fait avec Soliah. Ça permettra à un plus grand nombre de personnes de bénéficier de notre expertise en termes d’adaptation de domicile.