Back To Top

Hayat Neche – Mandataire Judiciaire à l’UDAF

Il y a pour moi une notion de liberté dans la prise de décision qui est importante. ” 

Hayat Neche

Bonjour Hayat, est-ce que vous pouvez vous présenter ? 

Je m’appelle Hayat, j’ai 30 ans et j’exerce la profession de mandataire judiciaire à la protection des majeurs, depuis plus de cinq années. J’ai d’abord fait un bac économique et social, puis j’ai intégré la faculté de droit, où j’ai fait un master 1 carrières judiciaires, à la suite duquel j’ai intégré l’École Régionale du Travail Social (ERTS) pour passer la certification afin d’exercer en tant que mandataire judiciaire.


Présentez-nous votre métier ? 

Je suis mandataire judiciaire à l’Union Départementale des Associations Familiales (UDAF) du Loir-et-Cher (41). Dans le cadre de mon travail, on suit des mesures de protection qui sont prononcées par un juge des tutelles. Les mesures de protection concernent uniquement les personnes pour lesquelles un médecin agréé a déclaré une altération mentale ou physique de leurs capacités et qui nécessitent un besoin d’assistance ou un besoin de représentation pour les actes de la vie quotidienne et la gestion financière. 


Qu’est-ce qui vous a amené à cette activité ?  

Lorsque j’étais à la fac, j’aimais beaucoup tout ce qui touchait au juridique, mais je cherchais aussi un côté social à mon futur métier. J’ai trouvé cet équilibre dans la profession de mandataire judiciaire, car on est forcément au contact des personnes pour qui ces mesures sont appliquées concrètement et on est également en lien direct avec le juge des tutelles puisqu’on applique une décision de justice.


C’est quoi la définition de l’autonomie pour vous ?  

Pour moi, c’est la faculté d’effectuer seul les démarches de la vie quotidienne, que ce soit des démarches administratives ou financières. Il y a pour moi une notion de liberté dans la prise de décision qui est importante.


Comment votre intervention favorise-t-elle cette autonomie ?  

Depuis les lois de 2007 notamment, les mesures de protection sont recentrées autour de la personne protégée. Le but de la mesure, désormais, c’est de ne pas protéger la personne à vie, mais de l’accompagner pendant un moment pour qu’elle retrouve son autonomie. Donc pour nous l’objectif est de stabiliser la situation de la personne sur les plans administratifs et financiers, en lui apportant les aides nécessaires pour qu’elle retrouve une certaine autonomie. La main levée de la mesure est encouragée, lorsque c’est possible. Les mesures sont, en règle générale, prononcées pour une durée de 5 ans renouvelable, mais dès lors que le médecin, le mandataire et la personne concernée considèrent que la mesure de protection n’a plus lieu d’être, une main levée peut-être prononcée par le juge des tutelles.   

Dernièrement, nous avons accompagné une personne dans le cadre d’une curatelle simple qui visait à une mesure d’assistance et de conseil, c’est-à-dire que nous n’avons pas la gestion financière de ses comptes courants, mais uniquement de son épargne. Lorsque les objectifs avec cette personne ont été atteints, la curatelle simple a été levée. Le projet consistait à un retour vers l’emploi, à passer et obtenir son permis de conduire et à faire des économies en prévision de l’achat d’un véhicule. Dans ce cas-là, la personne a montré qu’elle était capable de gérer son quotidien, notamment sa situation administrative et financière. La mesure a donc été levée.  


Comment les personnes que vous accompagnez appréhendent-elles leur propre niveau d’autonomie ?  

Il faut savoir que les mesures de protection se font au cas par cas et que l’accompagnement se fait au cas par cas. On n’a pas le même accompagnement pour toutes les personnes. Il existe une base, mais chaque cas est unique, donc chaque accompagnement se fait en fonction des besoins et du degré de capacités de chaque personne.  

Certaines ont conscience d’avoir des difficultés et certaines n’ont pas conscience de leurs capacités et des difficultés qui en découlent, en raison notamment de leurs pathologies. En fonction de cela, les personnes vivent plus ou moins bien cette mesure de protection. 

Il arrive aussi que les mesures de protection soient mal acceptées car elles touchent des sujets sensibles comme les moyens financiers. Les mesures de protection sont alors souvent perçues comme une restriction de la liberté.  


Est-ce que l’autonomie est un sujet que vous avez souvent à aborder avec elles ?  

Oui forcément. On apprend à connaitre les gens, donc on connait leurs capacités et on sait aussi à quels moments ils vont avoir besoin de l’aide d’un tiers. 

L’autonomie financière est un thème qui revient souvent ; savoir s’ils sont en capacité de comprendre leurs droits, connaître les ressources qu’ils perçoivent dans le but de déterminer si on leur donne de l’argent toutes les semaines ou tous les mois, par exemple. 

On aborde également avec eux les questions du maintien à domicile ; si les personnes sont suffisamment autonomes pour vivre seules dans leur logement, la question de l’isolement social aussi, qui touche un grand nombre de personnes qui sont sous mesure de protection.  

Dans ces cas-là, on travaille en partenariat avec des services d’accompagnement : les services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS), les services d’accompagnements médico-sociaux pour les adultes handicapés (SAMSAH) ou encore les groupes d’entraide mutuelle (GEM).


Quelle est l’implication des personnes que vous accompagnez dans cette démarche d’autonomie ? 

On leur explique lors des rencontres qu’on a avec elles. On fait un point sur leur situation globale. On les sollicite, on les fait participer à toutes les démarches qui sont mises en œuvre pour elles. Leur participation, ça peut être leur demander de faire des devis en prévision d’un achat pour qu’on puisse par la suite comparer les devis ensemble. 

Le type de mesure de protection est important et dirige la manière dont on va accompagner les personnes. La curatelle renforcée, c’est une mesure d’assistance et d’accompagnement. On doit tout faire avec les personnes. La curatelle simple, c’est juste une mesure de conseil, alors que la tutelle, c’est une mesure de représentation. Par nature, l’accompagnement que l’on apporte dépend de la mesure qui est prise par le juge.


Aujourd’hui, selon vous, qu’est-ce qu’il manque pour préserver au mieux l’autonomie à domicile ? 

Le temps. Je pense que c’est difficile de faire au mieux pour les personnes avec le peu de temps dont nous disposons.  

Les moyens financiers également. Il suffit que la personne ait peu de moyens financiers ou qu’elle ne puisse pas prétendre à certaines aides sociales pour qu’un projet soit difficile à mettre en place. Il faut aussi que les personnes soient prêtes à mettre un peu d’argent de leur poche, parce que les aides, même quand il y en a, ne dispensent pas les personnes de payer une partie des prestations, que ce soit pour un portage de repas, de la télésurveillance ou autre. Il faut que la personne soit prête à accepter de faire des dépenses. 


Quels outils vous préconisez pour justement ce maintien à domicile ?  

On s’appuie beaucoup sur les partenariats, les services d’aides à domicile, qui permettent à beaucoup de personnes protégées d’être en logement autonome et sécurisé.  

Après, il y a aussi les services de téléassistance auxquels on fait appel selon le degré d’autonomie de la personne protégée. 

Il y a aussi les aides techniques. Si les personnes présentent un risque de chutes la nuit, on peut accompagner la mise en place d’un chemin lumineux pour se déplacer plus facilement la nuit en étant en sécurité. Si elles ont un périmètre de marche restreint, on peut préconiser la pose d’une boite à clef à l’extérieur du domicile pour que les équipes soignantes puissent intervenir sans difficulté.