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#5 – Lutter contre l’isolement pour bien vieillir

Le Conseil Economique, Social et Environnemental définit l’isolement social comme la situation dans laquelle se trouve la personne qui, du fait de relations durablement insuffisantes dans leur nombre ou leur qualité, est en situation de souffrance et de danger. Les relations d’une qualité insuffisante sont celles qui produisent un déni de reconnaissance, un déficit de sécurité et une participation empêchée. Le risque de cette situation tient au fait que l’isolement prive de certaines ressources impératives pour se constituer en tant que personne et accéder aux soins élémentaires et à la vie sociale. 

Aujourd’hui en France, plus on avance en âge, plus on risque d’être victime de cet isolement. Et cet isolement a non seulement des conséquences sur la santé psychique des personnes, mais aussi sur leur santé physique. Ces deux effets combinés entrainent encore plus d’isolement et participent activement au phénomène de perte d’autonomie. 

Grâce au travail de nombreuses associations, la lutte contre l’isolement est devenue “grande cause nationale en 2011. De nombreuses actions contribuent à la lutte contre l’isolement : les visites de bénévoles au domicile des personnes, l’adoption d’animaux de compagnie, mais aussi l’accès aux activités culturelles et sportives. Pour lutter encore plus efficacement contre l’isolement des séniors, le Ministère des Solidarités a lancé en 2013 le dispositif MONALISA, “Mobilisation Nationale contre L’Isolement social des Âgés, qui vise à dynamiser la solidarité citoyenne.

L’isolement en France chez les plus de 60 ans

Selon le Rapport de l’association Les Petits Frères des Pauvres, “La solitude et l’isolement chez les personnes de 60 ans et plus” de 2017, on apprend que :  

  • 22% des personnes de 60 ans et plus sont isolées du cercle familial, 
  • 28 % du cercle amical,  
  • 21 % du cercle de voisinage, 
  • Et 55 % des réseaux associatifs. 

Plus grave, ce sont près de 300 000 personnes de 60 ans et plus qui sont en état de “mort sociale”, c’est-à-dire isolées de l’ensemble de ces quatre cercles de sociabilité. 

On apprend également que 32% des personnes de 60 ans et plus n’ont aucune personne à qui parler de sujets personnels. La part augmente à 39% chez les personnes de 75 ans et plus. 

On note cependant un autre phénomène qui accompagne la bascule vers le Grand Âge, autour de 85 ans. Si, c’est définitivement l’âge où la mobilité devient plus difficile et les sorties plus rares 10% des 85-89 ans sort moins d’une fois par semaine, voire jamais – les liens avec la famille et les amis tendent à se retisser avec l’avancée en âge. En effet : 

  •  86% des personnes de 85 ans et plus voient ou sont en contact à distance avec leurs amis au moins plusieurs fois par mois, 
  • Et 62% des plus de 80 ans voient au moins l’un de leurs enfants une ou plusieurs fois par semaine, contre 49% pour les personnes de 70 à 79 ans. 

Ces chiffres montrent une réalité mixte. En effet, si la situation d’isolement des âgés est très inquiétante, il est également mis en avant, dans ce rapport, que 84% des personnes de plus de 85 ans se déclarent heureuses. 

Cela tient peut-être à la différence qui doit être faite entre isolement social et sentiment de solitude. L’isolement social est une situation objective dans laquelle une personne se retrouve coupée d’un ou plusieurs cercles de sociabilité. Cette situation peut être subie ou choisie. Le sentiment de solitude est la perception de l’individu sur la qualité et la quantité de ses relations sociales. Une personne entourée peut se sentir seule. A l’inverse une personne isolée peut ne pas ressentir de sentiment de solitude. 

Malgré cette distinction importante, le constat est sans appel, les personnes isolées souffrent beaucoup plus que les autres de solitude. D’après le Rapport de la Fondation de France “Les solitudes en France de 2016, 40% des personnes isolées se sentent abandonnées, exclues ou inutiles, contre 29% pour les personnes qui ont des relations avec au moins un cercle de sociabilité.

La mobilité comme facteur clé de sociabilité 

L’évolution de la société a rendu la capacité de mobilité incontournable pour prendre pleinement part à la vie de la cité. Elle conditionne l’accès au logement, aux loisirs, mais aussi la possibilité de faire ses courses ou de se soigner. La mobilité est essentielle pour s’intégrer, entretenir et développer une sociabilité. 

Le rapport de la Fondation de France “Isolement relationnel et mobilité de 2019 montre que la corrélation entre isolement relationnel et faible niveau de mobilité se vérifie systématiquement. Les personnes qui sont en situation d’isolement déclarent avoir moins l’usage d’une voiture et être éloignées des transports en commun, ou avoir des difficultés à y accéder. 

Ces difficultés à se déplacer entrainent des renoncements, parfois graves, de la part des personnes privées de mobilité ; plus de 33% des personnes concernées évoquent avoir déjà renoncé  

  • À rendre visite à des proches, 
  • À effectuer des démarches administratives, 
  • À effectuer des examens médicaux, 
  • À pratiquer un loisir, 
  • Et même à vivre une relation sentimentale. 

Ces renoncements accentuent l’isolement et peuvent, comme on peut le voir, s’ajouter de façon cumulative à l’impact négatif de l’isolement sur la santé des personnes. 

 

L’impact de l’isolement sur la santé 

De nombreuses études le montrent, l’isolement a un effet négatif sur la santé. Les effets sur une population plus fragile, comme les séniors, peuvent être d’autant plus graves. 

Dans le Rapport MONALISA de 2013, on apprend, sans beaucoup de surprise, que les personnes isolées représentent une part importante de la population âgée fragile ou en perte d’autonomie. 

En effet, l’entourage a souvent un effet dynamisant sur les personnes, favorisant ainsi des comportements favorables à sa santé et le recours à des actions de prévention qui permettent de faire reculer l’arrivée des incapacités. Privées de cet environnement favorable, les personnes isolées font face à un plus grand risque de perte d’autonomie. 

L’existence d’un réseau social de qualité permet également de favoriser un meilleur parcours de soins, ce qui permet une meilleure prise en charge et donc une diminution des coûts associés, à la fois pour la personne et son entourage, mais aussi pour la société en général. 

En plus de la création d’un environnement moins propice à la prévention et de conditions d’accès aux soins plus difficiles, l’isolement a un impact direct sur la santé des personnes.  

D’après le Rapport 2014 du Conseil National des Aînés au Canada, les personnes vivant seules courent 4 à 5 fois plus de risques de se faire hospitaliser. En effet, l’isolement aurait un effet sur le système immunitaire, sur l’activité endocrinienne et sur le fonctionnement du système nerveux 

  • Le stress chronique causé par l’isolement attaque le système immunitaire et cause des inflammations, un problème associé à différentes maladies telles que l’insuffisance coronarienne, le diabète de type 2 et l’arthrite. 
  • Les personnes les plus isolées montrent aussi un plus haut niveau d’anticorps associés à une augmentation de la douleur, de la dépression et de la fatigue chronique. 
  • Le fonctionnement du système nerveux parasympathique est également impacté par l’isolement, ce qui peut mener à des problèmes cardiaques. 
  • Les personnes isolées vivent dans un état d’hypervigilance permanent qui crée des troubles du sommeil et augmente le risque de morbidité et de mortalité. 
  • Être isolé peut enfin mener à la dépression et causer une perte d’appétit. Combinés, ces symptômes peuvent conduire à une légère démence et mener rapidement à une perte des capacités de raisonnement et de mémoire, contribuant ainsi à la maladie d’Alzheimer. 

Si on le sait moins, il a été prouvé que l’isolement est aussi dangereux pour la santé que l’obésité, l’alcoolisme ou le tabagisme.  

En plus de la santé physique, l’isolement met en jeu la santé psychique des personnes. En effet, d’après le Rapport de la Fondation de France “Les solitudes en France de 2016, 28% des personnes isolées ont souffert d’un état dépressif au cours des 4 derniers mois, contre 18% dans l’ensemble de la population). 

 

Focus sur l’impact de l’isolement sur les capacités cognitives 

Dans sa thèse de doctorat Impact du style de vie sur le vieillissement cognitif : Étude des modérateurs du déclin cognitif tout au long de la vie adulte. Comment les différences hommes/femmes amènent à reconsidérer l’influence du style de vie sur le fonctionnement cognitif ?, Irene Lopez-Fontana met en avant que, dans le domaine de la cognition, les psychologues et les sociologues s’accordent à dire que l’isolement social accélère le déclin cognitif 

Les travaux de Barnes notamment, menés avec plus de 6000 personnes âgées de 65 ans et plus, pendant une période de 5 ans, ont permis de mettre en lumière la corrélation positive entre les réseaux sociaux, le niveau d’engagement social et le niveau de fonctionnement cognitif. En effet, un nombre élevé de réseaux sociaux (nombre d’enfants, de parents et d’amis vus au moins une fois par mois) a réduit le taux de déclin de 39% par rapport à un faible niveau de réseaux sociaux, et un engagement social élevé (participation à des activités sociales) a réduit le déclin de 91%. 

 

Les actions de lutte contre l’isolement 

Pour lutter contre l’isolement des personnes âgées, les champs d’actions sont multiples : 

  • L’adaptation et l’accessibilité du logement,  
  • Les programmes d’urbanisme et d’accessibilité universelle,  
  • L’accès aux transports,  
  • L’accès à la santé,  
  • L’accès à la culture, 
  • L’accès aux sports, 
  • L’aide, les soins et l’accompagnement à domicile ou en établissement,  
  • La défense des commerces de proximité,  
  • L’action des gardiens d’immeuble, des facteurs, des médecins libéraux… 

 

Aujourd’hui, et grâce à l’action de nombreuses associations, beaucoup d’initiatives se mettent en place sur le territoire pour donner vie à ces actions. L’Etat s’est également engagé à travers le dispositif Monalisa pour promouvoir les actions existantes et encourager l’émergence de nouvelles actions. 

 

Les visites de bénévole auprès des séniors 

Plusieurs associations, comme la Croix Rouge  ou Les Petits frères des pauvres, proposent des visites de bénévoles auprès des personnes âgées.  

Grâce à ce type de dispositifs, un bénévole se rend au domicile de la personne de façon régulière et souvent sur une longue période de temps – plus de 4 ans en moyenne chez Les Petits Frères des pauvres – ce qui permet de tisser des liens solides et durables. 

Ces visites sont des rendez-vous qui peuvent devenir très importants et très appréciés dans le quotidien de la personne visitée, comme en témoigne Paulette, une des personnes accompagnées en Loire-Atlantique : “Les Petits Frères des Pauvres, ça m’est très précieux. Avant je ne parlais plus… et c’est Annie, l’une des bénévoles, qui m’a fait faire la première marche après mon opération du fémur. Les Petits Frères des Pauvres, ça me met du baume au cœur. Ils m’ont apporté beaucoup de choses. J’ai dû mal à m’exprimer tellement c’est fort pour moi. Je revis grâce à [eux]. 

Les associations La Croix Rouge et Les Petits Frères des pauvres ont également des dispositifs de plateformes d’appels qui permettent aux personnes isolées en grande détresse de trouver du réconfort rapidement  

  • Ecoute Anonymeservice gratuit, tous les jours (y compris le week-end et les jours fériés) de 15h à 18h. 
  • Croix Rouge Ecouteservice gratuit, en semaine de 10h à 22h et le week-end de 12h à 18h. 

 

L’engagement bénévole des séniors  

Presque 37% des personnes de plus de 65 ans sont bénévoles en France. Un chiffre qui tombe à 25% lorsqu’on considère la population française dans sa totalité. Ce chiffre montre bien le fort engagement des séniors dans le bénévolat. 

D’après l’étude menée par France Bénévolat en 2015, dans les principales raisons de ce fort engagement, “la grande majorité des interviewés exprime le besoin d’avoir des activités socialement reconnues, de « servir à quelque chose ». Et se sentir utile permet en retour de favoriser une meilleure santé. En effet, “une étude française du Centre d’étude et de recherche sur la Philanthropie (Cerphi7) tend à démontrer que la vitalité, le capital social, l’estime de soi et la satisfaction de rendre service dans un cadre associatif fondé sur l’autonomie des bénévoles sont des facteurs directs d’amélioration de la santé”. 

 

La participation à des activités sportives ou culturelles 

Le sport n’est pas seulement vecteur de bonne santé, il est aussi vecteur de lien social. Les activités sportives qui peuvent être pratiquées sans danger lorsqu’on avance en âge sont nombreuses, mais il existe également des dispositifs spécifiquement conçus pour favoriser la pratique des personnes éloignées de la pratique sportive : le Sport Santé. 

On retrouve un grand nombre d’initiatives sur l’ensemble du territoire, par exemple : 

 

Au même titre que le sport, les activités culturelles sont également un fort vecteur de lien social. En Aveyron par exemple, Aveyron Culture a permis l’émergence de 4 projets sur des thématiques différentes : théâtre, arts plastiques ou encore documentaire, afin de favoriser l’accès à la culture des personnes isolées.  

 

Le contact avec des animaux de compagnie 

De nombreuses études le montrent, un animal de compagnie apporte un grand nombre de bénéfices pour la santé et le bien-être des séniors. Cela permet notamment de : 

  • Favoriser la détente et de lutter contre le stress, 
  • Favoriser les interactions sociales, 
  • Encourager l’activité physique, 
  • Donner un sentiment de sécurité sur ses capacités physiques, 
  • Contribuer à rassurer sur le fait d’avoir encore un rôle, voire une raison de vivre ; 

Parmi les initiatives qui permettent aux séniors de nouer des liens avec des animaux de compagnie, on peut citer l‘opération “Mieux vivre ensemble de la Mairie de Cambrai en partenariat avec la Société de Défense des Animaux d’Estourmel, qui permet la mise en pension d’un animal de compagnie chez une personne âgée. Cette initiative permet à la personne âgée de reprendre un animal de compagnie, sans avoir trop de responsabilités. 

 

Le travail autour de l’image de soi  

Parmi les raisons qui viennent expliquer l’isolement et le repli sur soi, on évoque souvent les problématiques liées à l’estime de soi. Lorsque le regard sur soi change, les individus tendent à s’isoler du reste de la société. Afin de lutter contre ce phénomène, une discipline a émergé et tend à se développer : la socio-esthétique. 

Selon Agnès, esthéticienne et titulaire du Certificat CODES (Cours d’esthétique à option humanitaire et sociale) du CHRU de Tours, la socio-esthétique “consiste en l’adaptation du métier de l’esthétique au monde de la souffrance, qu’elle soit physique, psychologique ou sociale.”  

Et cette discipline permet de nombreux bienfaits :  

  • Se réconcilier avec le fait de prendre du temps pour soi, 
  • Renouer le contact physique à travers les soins, 
  • Favoriser l’expression des affects, 
  • Se réconcilier avec sa féminité ou sa masculinité, 
  • Stimuler des fonctions cognitives grâce aux bienfaits sensoriels 

 

Le dispositif national Monalisa 

Afin de lutter de façon effective contre l’isolement, le Ministère des Solidarités a lancé en 2013 le dispositif Monalisa . Ce dispositif a pour but de mobiliser la solidarité citoyenne contre l’isolement des personnes âgées en renouant les liens de voisinage et de proximité 

Ce dispositif a pour objectif la multiplication des initiatives sur l’ensemble du territoire français et a choisi pour cela de s’appuyer sur les formes collectives d’actions, grâce à des équipes citoyennes, qui organisent des actions concertées, pérennes et articulées avec les autres partenaires institutionnels et associatifs.  

Une équipe citoyenne Monalisa est composée de citoyens bénévoles qui s’associent pour agir ensemble contre la solitude et l’isolement social des personnes âgées dans leur quartier, leur ville ou leur village. Ces équipes peuvent appartenir à des organismes existants sans but lucratif – associations, CCAS, centres sociaux… – ou se constituer elles-mêmes en associations. 

Les équipes citoyennes portent des valeurs communes, mais ont une identité propre et portent des projets différents, spécifiques à leur contexte et aux potentialités de leurs membres et de leur territoire.  

Les actions mises en place par les équipes citoyennes Monalisa sont nombreuses et variées. Parmi quelques exemples, on peut citer :  

  • Le CCAS de Châteauroux (Centre-Val de Loire) qui a mis en place l’action ”Livres & moi”, qui est un service de portage de documents à domicile en partenariat avec le réseau des Bibliothèques de la ville. Une équipe de bénévoles apporte gratuitement des livres, des livres sonores, des revues, DVD documentaire… au domicile des personnes âgées ou empêchées de se déplacer jusqu’à la médiathèque de Châteauroux. 
  • L’ORPAM de Morlaix (Bretagne) qui a mis en place des moments Cafés rencontres”, qui encouragent les moments d’échange et de convivialité autour d’un atelier cuisine suivi d’une dégustation. 
  • L’association Se Canto de Paris (Ile-de-France) qui a mis en place un dispositif de transport solidaire qui permet aux personnes ayant des difficultés de mobilité d’effectuer des trajets de façon sereine et gratuite. 

Pour trouver une équipe citoyenne près de chez soi le dispositif Monalisa a créé un site web dédié : https://www.equipecitoyenne.com/.