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Chantal Bernard – Médecin évaluateur M.D.P.H.

Lors des évaluations, un des objectifs est d’identifier les besoins de la personne et de proposer des solutions pour gagner en autonomie. ” 

Chantal Bernard

Bonjour Chantal, est-ce que vous pouvez vous présenter ? 

Je m’appelle Chantal Bernard. Je suis médecin de formation généraliste. Je travaille depuis 3 ans dans une Maison de la Métropole de Lyon (MDM) dans le service Personnes Agées et Personnes Handicapées (PAPH). Nous dépendons de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). 


Pouvez-vous nous présenter votre métier au sein de cette structure ?

Je suis en charge de l’évaluation de situations de handicap d’un point de vue médical, l’évaluation étant réalisée en équipe pluridisciplinaire (médecin, psychologue, ergothérapeute). Les personnes concernées peuvent avoir un handicap physique, psychique ou intellectuel.  

Je fais d’abord une évaluation sur dossier (dossier MDPH) et je demande à rencontrer les personnes lorsque le dossier seul ne permet pas d’avoir une évaluation complète. Cela est le cas, par exemple, pour des personnes venant d’acquérir un handicap et pour lesquelles il convient de déterminer leurs besoins dans la vie de tous les jours et les éventuels freins à une insertion socio-professionnelle. Dans certains cas, j’effectue également une visite à domicile en complément de la visite à domicile effectuée par l’ergothérapeute.  

Les évaluations sont ensuite vues en équipe et, si besoin, nous sollicitons des associations spécialisées ou des instances de régulation.  


Qu’est-ce qui vous a amené à cette activité ? 

Après 25 ans d’activité médicale plutôt axée sur la gynécologie (en planning familial et en Maison du Département), je souhaitais revenir vers la médecine générale pour terminer ma carrière. 


Quelle définition donneriez-vous à l’autonomie ? 

Ce n’est pas une question simple. L’autonomie se caractérise par plusieurs points, en particulier, la capacité à assurer les activités de la vie quotidienne (se laver, s’habiller, se nourrir, aller aux toilettes…), à créer du lien social, à pouvoir travailler, à gérer sa situation administrative et financière. 


Comment les personnes que vous accompagnez appréhendent-elles leur propre niveau d’autonomie ? 

Cela dépend du type de handicap.  

Concernant les handicaps psychiques, les personnes ne sont souvent pas dans la réalité et ont généralement des mesures de protection comme une curatelle, une curatelle renforcée ou une tutelle.  

Concernant les handicaps intellectuels, les personnes sont généralement relativement autonomes sur les AVQ (activités de la vie quotidienne) mais ont plus de difficultés sur les aspects de lien social et de gestion financière.  

Les personnes avec un handicap physique, en particulier celles ayant acquis ce handicap, se rendent compte de leur baisse d’autonomie, mais c’est un élément qui peut être subjectif. En effet, un même handicap physique peut être vécu de manière différente et donc avec une perception plus ou moins importante du manque d’autonomie selon les personnes et le contexte socio-familial autour de la personne. 


Est-ce un sujet que vous abordez facilement avec elles ? 

Les personnes ont déjà fait la démarche auprès de leur médecin traitant en amont de cette évaluation, c’est donc un sujet naturel à aborder avec eux. 

Pour aborder le sujet, je leur demande de me décrire une journée “type” : comment se passe le lever, comment font-elles leur toilette, comment s’habillent-elles, comment se passe la préparation des repas ou comment mangent-elles, est-ce qu’elles font des activités au sein du logement ou à l’extérieur, est-ce qu’elles ont des visites ou côtoient des personnes à l’extérieur… 


Comment, de par vos activités, pouvez-vous aider ces personnes à gagner en autonomie ? 

Lors des évaluations, un des objectifs est d’identifier les besoins de la personne et de proposer des solutions pour gagner en autonomie. Lorsqu’il y a un besoin d’aide humaine ou technique à domicile, l’ergothérapeute fait une visite à domicile pour déterminer quelles sont les solutions qui peuvent répondre aux besoins. Une orientation vers des associations spécialisées sur le handicap concerné ou vers des services d’accompagnement peut aussi aider les personnes dans leur autonomie au quotidien. 


Quelle est l’implication des personnes que vous accompagnez dans cette démarche d’autonomie ? 

De manière générale, les personnes sont très demandeuses d’être autonome et de pouvoir rester chez elles. La demande qui revient le plus souvent est l’adaptation du logement et en particulier de la salle de bain. Une contrainte à prendre en compte est qu’il faut une autorisation du bailleur si la personne n’est pas propriétaire du logement et qu’il s’agit de gros travaux. 


Aujourd’hui, selon vous, qu’est-ce qu’il manque pour préserver au mieux l’autonomie à domicile ? 

Un des points qui reste un frein majeur à l’autonomie à domicile est l’accessibilité des logements. En effet, même si dans les nouveaux logements il y a une meilleure prise en compte des critères d’accessibilité, ce n’est pas le cas dans les logements anciens, où cela reste encore compliqué pour les personnes avec un handicap (pas d’ascenseur, pas de rampe d’accès, espaces non adaptés…). 

Le deuxième point, à mon sens, est l’isolement. Beaucoup de personnes n’ont pas de famille ou pas de lien social. Cela n’aide pas le maintien à domicile. Les SAVS (Service d’Accompagnement à la Vie Sociale) et SAMSAH (Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés) sont des services qui peuvent aider dans ces situations d’isolement.