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#2 – Les directives SIPA : les recommandations de l’OMS pour favoriser le vieillissement en bonne santé

Les directives SIPA – Soins Intégrés pour les Personnes Âgées, ou ICOPE en anglais, Integrated Care for Older People – ce sont des recommandations, élaborées par un groupe de travail international de l’OMS pour favoriser le vieillissement en bonne santé. Ces recommandations s’inscrivent dans le cadre du plan d’actions Vieillissement et Santé de l’OMS. 

Dans ce plan d’actions, l’OMS définit le Vieillissement en bonne santé comme “le développement et le maintien des capacités fonctionnelles qui permettent de se sentir bien. Les capacités fonctionnelles sont ici entendues comme “les attributs liés à la santé qui permettent aux personnes d’être et de faire ce qui leur est cher. Ces capacités fonctionnelles dépendent à la fois des capacités intrinsèques des personnes, qui sont “l’ensemble des capacités physiques et mentales de ces personnes”, et de l’environnement dans lequel évoluent ces personnes ; c’est-à-dire leurs domiciles, leurs relations avec la communauté qui les entoure et l’adaptation de la société en général au vieillissement. 

 

Les directives SIPA, qu’est-ce que c’est ?  

 

Les directives SIPA visent deux enjeux principaux :  

  • Mettre en lumière les capacités intrinsèques qu’il est essentiel de maintenir pour vieillir en bonne santé, 
  • Et fournir aux professionnels du grand âge un cadre pratique pour une prise en charge intégrée qui permette le maintien de ces capacités. 

Les capacités intrinsèques mises en avant sont la nutrition, les fonctions sensorielles de la vue et de l’ouïe, l’état psychologique, la cognition et la mobilité. Pour permettre le maintien de ces capacités intrinsèques, l’OMS met en avant 13 recommandations qui s’inscrivent dans 6 grands thèmes :

 

Améliorer les fonctions musculosquelettiques, la mobilité et la vitalité 

  • Encourager l’exercice physique adapté pour améliorer la force, l’équilibre, la souplesse et l’endurance des personnes vieillissantes et, notamment, des personnes dont les capacités physiques déclinent.  
  • Recommander des suppléments alimentaires et des conseils diététiques aux personnes âgées dénutries. 

Maintenir les capacités sensorielles 

  • Proposer un dépistage systématique de la déficience visuelle dans le cadre de soins primaires et s’assurer d’une prise en charge ophtalmologique complète rapide. 
  • Proposer un dépistage suivi de la fourniture d’appareils auditifs à toutes les personnes âgées de façon à repérer et prendre en charge rapidement toute perte auditive. 

Prévenir les troubles cognitifs sévères et promouvoir le bien-être psychologique 

  • Proposer des dispositifs de stimulation de la fonction cognitive aux personnes présentant des troubles cognitifs, qu’il y ait eu ou non un diagnostic formel de démence. 
  • Proposer des interventions psychologiques structurée de brèves durée, réalisées par des professionnels de santé formés aux soins de santé mentale destinés aux personnes âgées, aux personnes âgées présentant des symptômes dépressifs. 

Prendre en charge les troubles associés à l’âge tels que l’incontinence urinaire 

  • Proposer des protocoles de déclenchement de la miction chez les personnes âgées présentant des déficiences cognitives. 
  • Recommander la mise en place de séances de rééducation périnéale, seule ou associée à des méthodes de contrôle de la vessie et d’auto-rééducation, aux femmes âgées présentant une incontinence urinaire. 

Prévenir les chutes 

  • Recommander le changement ou le retrait de certains médicaments pour les personnes âgées exposées aux chutes. 
  • Recommander l’exercice physique multimodal (équilibre, force, souplesse et rééducation fonctionnelle) aux personnes âgées sujettes aux chutes. 
  • Recommander la mise en place d’interventions sur les risques et les dangers à domicile avec un spécialiste, pour encourager les modifications et ladaptation du domicile, pour les personnes exposées aux chutes. 
  • Proposer des interventions multifactorielles alliant évaluation et interventions adaptées à l’individu pour réduire le risque et l’incidence des chutes chez les personnes âgées. 

Soutenir les aidants 

  • Mettre en place des interventions psychologiques, une formation et un soutien pour les aidants familiaux et informels des personnes âgées dépendante, en particulier, mais non exclusivement, lorsque le besoin en soins est important et complexe ou que l’aidant subi des tensions importantes. 

Un cadre pratique de dépistage et d’évaluation pour l’évaluation des besoins spécifiques des personnes. 

 

Selon les préconisations de l’OMS, les services proposés dans ces recommandations doivent être orientées sur les besoins des personnes âgées et non sur ceux des structures qui les proposent. Dans l’idéal, ces services doivent pouvoir répondre aux besoins d’une diversité de personnes âgées ; de la personne âgée plutôt autonome à la personne âgée plutôt dépendante. 

Pour la mise en place de SIPA, l’OMS préconise, au niveau de la communauté :  

  • Une évaluation globale des besoins des personnes âgées et un plan de soins partagé par l’ensemble des professionnels de santé, 
  • Des objectifs de soins et de traitements communs pour tous les dispensateurs, 
  • Des interventions de proximité au sein de la communauté de la personne âgée et des interventions à domicile. 

Si les structures médico-sociales s’inscrivent dans cette démarche, la prestation de Soins Intégrés pour les Personnes Âgées (SIPA) pourrait favoriser une transformation de la conception et du fonctionnement du système de santé, en favorisant un décloisonnement des services et des interventions. 

Pour faciliter la mise en place de SIPA, l’OMS propose un outil de dépistage simple en 5 volets ; chaque volet permettant l’identification d’un risque sur l’une des cinq fonctions intrinsèques prioritaires : 

  • Déficience cognitive 
  • Déficience de la mobilité 
  • Malnutrition 
  • Déficience visuelle et perte d’audition 
  • Symptômes dépressifs 

L’outil est une suite de questions et de petits exercices qui permettent d’évaluer chacun des risques. Par exemple, pour évaluer un risque de déficience de mobilité, l’outil de dépistage propose d’effectuer le test du lever de chaise qui consiste à mesurer le temps mis par la personne âgée pour se lever cinq fois d’une chaise bras croisés sur le thorax. Si la personne âgée effectue le test en plus de 14 secondes, alors on estime qu’il y a un risque de déficience de la mobilité. 

Si le dépistage met en évidence un risque dans un domaine ou plus, la personne âgée est orientée vers une évaluation plus complète. Si le dépistage ne met en évidence aucun risque, la personne est encouragée à effectuer le test à nouveau tous les 6 à 12 mois. 

L’étape de l’évaluation mobilise des outils d’évaluation reconnus pour chacun des 5 domaines évalués :  

  • Mobilité : le test SPPB Short Physical Performance Battery qui permet d’évaluer plusieurs critères : équilibre, vitesse de marche et tonicité musculaire, associé à la recherche de pathologies associées (douleurs, affections neuro-orthopédiques, sarcopénie…) et à l’évaluation de besoins sociaux et environnementaux comme les risques de chutes au domicile et dans l’environnement proche.
  • Nutrition : le test MNAMini Nutritional Assessment – qui propose une évaluation multifactorielle de l’état nutritionnel de la personne : perte d’appétit, perte de poids, motricité, maladies, nombre de repas, autoévaluation de la personne…, complété par des tests physiologiques, la recherche de pathologies associées (pathologies bucco-dentaires, troubles du goût ou de la déglutition…) et l’évaluation de besoins sociaux et environnementaux comme l’isolement ou la pauvreté.
  • Sensoriel : un test d’acuité visuelle, un bilan ophtalmologique, une audiométrie, la recherche de pathologies associées comme le diabète ou la corticothérapie et l’évaluation de besoins sociaux et environnementaux spécifiques.
  • Cognition : le test MoCAMontreal Cognitive Assessmentqui allie des tests visuo-spaciaux, de dénomination, de mémoire, d’orientation, d’attention, de langage et d’abstraction, complété par la recherche de pathologies associées comme les maladies cardio-vasculaires et l’évaluation de besoins sociaux et environnementaux spécifiques comme la présence d’un aidant.
  • Etat psychologique : le questionnaire de l’OMS “PHQ-9 DSM 5”, complété par la recherche de pathologies associées comme les effets secondaires de médicaments, l’anémie ou l’hypothyroïdie, et l’évaluation de besoins sociaux et environnementaux comme l’isolement.  

 

Cette évaluation permet d’identifier les besoins spécifiques de chaque personne pour permettre la mise en place des différentes actions mises en avant dans les recommandations. 

Pour faciliter les interventions dans le cadre de ces recommandations, l’OMS développe de nombreux outils, comme l’ICOPE Handbook App lancée le 1er octobre 2019. Cette application numérique à destination des professionnels de la santé et de l’action sociale permet de faciliter la mise en place des trois étapes, du dépistage à l’intervention. D’autres outils devraient voir le jour et la France pourrait être un terrain d’expérimentation privilégié car le Gérontopôle du CHU de Toulouse a été désigné comme Centre Collaborateur de l’OMS pour les travaux de recherche sur la Fragilité, la recherche clinique et la formation en Gériatrie. 

 

Pour en savoir plus sur les recommandations SIPA :

BROCHURE SUR LES RECOMMANDATIONS SIPA DE l’oms